24-07-2015

Une nouvelle Terre découverte !
Interview de Jean Schneider


Crédit photo NASA et Dana Berry


Bonjour Jean Schneider,

La NASA a annoncé ce 22 juillet 2015 la découverte d’une planète qui serait semblable à la Terre.

Le télescope spatial Képler qui avait été mis en orbite en 2009 avait comme mission de détecter des planètes extra solaires, que l’on appelle aussi des exo-planètes.
Il est tombé partiellement en panne en 2013 mais continue à fonctionner en mode réduit et les 4696 planètes qu’il a découvertes et répertoriées l’ont été avant que ses deux gyroscopes qui le stabilisent ne se soient arrêtés de fonctionner.

Les planètes découvertes sont parfois des géantes gazeuses, parfois des planètes telluriques très chaudes ou très froides car trop près ou trop loin de leur étoile centrale.
Aucune jusqu’à présent ne semble pouvoir héberger de la vie car soit elles ne sont pas dans une zone pouvant héberger de la vie, c’est-à-dire dans une zone où la température est tempérée, soit elles sont gazeuses, soit elles orbitent autour d’étoiles variables, …

Cette nouvelle exo-planète, appelée Kepler-452 b, est la meilleure candidate parmi 12 planètes sélectionnées :
- son rayon est d’environ 60% de plus que celle de la Terre ;
- elle orbite autour de son étoile en 385 jours environ ;
- son étoile est identique est Soleil et n’est que 10% plus grosse que lui ;
- Kepler-452 b est à une distance équivalente de son étoile que la Terre au Soleil.
Une différence importante entre les deux systèmes est que cette planète est plus vieille que la Terre : elle a 1,5 milliards d’années de plus.


Jean Schneider,

Vous êtes astrobiologiste à l’observatoire de Paris notamment spécialisé dans la découverte, le recensement et l’étude des exo-planètes.

GT : Que pensez-vous de cette découverte ?
JC : C'est bien sûr intéressant. Mais c'est dommage qu'ils n'aient pas mesuré la masse de la planète, à cause du trop faible éclat de l'étoile pour faire des mesures de « vitesses radiales ».

GT : Quelles méthodes pourraient-on employer pour savoir si des éléments chimiques (CHON) constitutifs de la vie sont présents sur cette planète ?
JC : Très clairement la spectroscopie des transits, c.à.d. prendre un spectre de l'étoile pendant le transit. La lumière de l'étoile traversant l'atmosphère de la planète (qui à mon avis existe probablement) produit des raies spectrales signant la composition chimique de la planète.

GT : Se basant sur l’hypothèse avancée que Kepler 452 b a 1,5 milliards d’années de plus que la Terre, que peut nous apprendre cette planète ?
JC : A priori qu'elle est géologiquement plus évoluée que la Terre, mais c'est tout ce qu'on peut dire. Et surtout, toute affirmation sera difficile à prouver avant longtemps par des observations.

GT : Comment voyez-vous évoluer la recherche des exo-planètes ?
JC : On en est au moyen-âge, ou même à la préhistoire.
A l'échelle de un à quelques millénaires, il faudra y aller.
A l'échelle d'un siècle on pourra faire une cartographie de plus en plus précise (au mieux quelques kilomètres) de leur surface (continents ? océans ?.... villes??...).
A l'échelle de 30 ans, on pourra faire une image de super-terres proches et en prendre un spectre (pas avant 2040 dans le calendrier actuel de l'Agence Spatiale Européenne -ESA).
A partir de 2025 la mission Plato de l'ESA fera des découvertes analogues à celles de Kepler, mais pour des étoiles 50 fois plus proches, donc des planètes beaucoup plus faciles à étudier (masse, atmosphère,...).
A partir de 2020 le James Web Telescope pourra prendre des spectres de transits de super-terres pour étudier leurs atmosphères.

D'ici là les missions spatiales Cheops (ESA) et TESS (NASA) apporteront des données nouvelles sur des planètes connues ou à découvrir. Il en est de même pour les télescopes au sol.
Mais le plus fantastique (hélas improbable même si pas impossible) serait qu'une caméra construite in situ (par des « extraterrestres ») nous envoie des images et vidéos de ce qui s'y passe.... C'est mieux que SETI car pas besoin d'interprétation d'un éventuel signal.


GT : La recherche des exo-planètes va-t-elle passer par des télescopes spatiaux, par des télescopes ou des réseaux de télescopes gigantesques sur Terre, les deux, par l’utilisation d’algorithmes mathématiques élaborés, par l’utilisation d’autres technologies ?
Par exemple, les astronomes américains Amit Misra et Victoria Meadows de l’université de Washington ont développé une technique pour savoir si une planète a une atmosphère claire ou non (recherches publiées dans la revue « Astrophysical Journal Letters »). Leur méthode consiste à savoir si un halo de lumière est détecté juste avant le transit de l’exo-planète (pour nos lecteurs, le transit est le passage entre l’étoile lointaine et la Terre). Ce halo de lumière se traduit par une augmentation de la lumière avant sa diminution.
JC : C'est une vieille idée. Il faut pour ça un précision photométrique que Kepler n'a pas. Peut-être Plato ?

GT : Ceci pourrait être le cas selon la courbe de luminosité mesurée par le télescope spatial (voir image ci-joint, crédit photo NASA et Dana Berry) ?
JC : La photo jointe est extraite d'une vidéo qui est une simulation, pas une observation réelle.
On ne voit pas cette augmentation dans la courbe de transit de Kepler extraite de http://iopscience.iop.org/1538-3881/150/2/56/ que je vous ai mis juste dessous votre illustration.
Vous pensez bien que s'ils avaient vu ce phénomène ils en auraient fait grand bruit.


Je vous remercie Jean Schneider pour vos réponses suite à cette annonce de la NASA et je vous souhaite une excellente continuation dans vos explorations.

P.Broage

Cliquer ici vous permet d’accéder à l’interview de Jean Schneider réalisée en 2011 à l’occasion de la détection de la 700è exo-planète.




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